
Roland Mahauden,Directeur du Poche en action au Sommet des Amériques...
Des paras au théâtre en passant par la guérilla !
Dans cette équipe il est un personnage incontournable non parce qu’il s’agit du directeur artistique et co-fondateur mais bien d’un aventurier engagé, mieux : un authentique ex-adjudant para-commando passé à la guérilla puis au théâtre, ce que j’ignorais totalement au moment de décider du titre et l’intro de cet article ! Interloqué je demande à Roland Mahauden si c’est la prise de conscience politique ou celle des armes qui fut la première ?
«C’est les calotins qui m’ont élevé, les jésuites, j’étais enfant de chœur ! A mes vingt ans, fan de sport extrêmes, d’escalade et de parachutisme, j’ai fait mon service chez les paras. Devenu instructeur l’armée m’envoya en Afrique former les troupes congolaises»
Mais qu’est-ce qui amène un guerrier à déposer les armes pour monter en scène ?
«Le choc d’une rencontre avec un humaniste forcené ! Roger Domani, sans local suite à la démolition de la première salle située chaussée d’Ixelles, tournait au Congo. A cette époque il faut bien avouer que c’était par et pour les belges. Cette rencontre déclencha une profonde remise en question. Notre première collaboration fut la création du Ballet National Folklorique Congolais qui se produisit au festival des Arts Nègres au Sénégal en ’66 ! Vu que Domani cherchait une nouvelle salle à Bruxelles je lui ai parlé du local de pétanque qui était attaché au bar de la patinoire du Bois de la Cambre que tenait ma mère. C’est là que je suis né, à quelque mètres d’ici ! En deux temps trois mouvement et quelques bouts de ficelles ce fut réglé. Le théâtre est aussi une aventure ! Il pleuvait sur la scène, en hiver le public gelait. A cette époque je suis retourné en Afrique comme instructeur militaire, mais cette fois j’ai mis mes connaissance au service de la guérilla en Guinée Bissau. J’ai beaucoup voyagé, traversé l’atlantique à la voile, eu l’honneur de casser un manche à balai sur la tête de Jacques Brel sur le tournage de Far West, pendant ma période cinéma. Et finalement j’ai repris la direction du théâtre; cinq années avant le décès de Domani en ‘97»
« Nous ne sommes pas là pour dire ce qu’il faut penser mais qu’il faut penser! »
A la question : peut-on faire un théâtre engagé et indépendant en étant subsidié, Roland n’hésite pas : «Nous avons un contrat-programme avec le ministère de la culture mais c’est nous qui forgeons ce programme, chaque année nous innovons et définissons nos missions. J’endosse les projets non-prévus et l’année suivante ils les ajoutent à notre contrat. Il ne faut pas se laisser manipuler, mais dans cas pourquoi ne pas faire l’inverse ?
C’est parce que j’en avais marre de la vision élitiste que les politiques avaient du théâtre que nous avons créé l’asbl Article 27. Inspirée de l’article des droits de l’homme proclamant que toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle, de jouir des arts et aux bienfaits qui en résultent. Concrètement : nous offrons dans tous le pays des tarifs accessibles aux démunis. C’est aussi pour briser cet élitisme que nous n’hésitions pas à balancer de la techno pour transformer la salle en piste de danse après les représentations de Trainspotting, on n'attire pas les mouches avec du vinaigre! Les profs ne devraient pas commencer par Molière ou Kafka mais par des œuvres qui s’adressent aux jeunes, qui parlent leur langage !»
Roland Mahauden jette malicieusement sur la table un vieil exemplaire du journal du Poche, annoncant la première d’Allah Superstar que Sam Touzani rejouera bientôt, en illustration un dessin représentant Sam en djellaba et coiffé d’un fez dont le pompon est une mèche allumée!
«Le rôle du théâtre est aussi de lever les amalgames, quand nous dénonçons la situation des territoires occupé nous condamnons le sionisme. L’anti-sionisme n’est pas l’antisémitisme! De même que musulman ou arabe ne veut pas dire terroriste! Nous refusons ces manipulations et combattons toutes les formes de ségrégations, aucun intégrisme ne nous arrêtera. C’est notre responsabilité, le théâtre n’est pas innocent. Ce sont les artistes et les intellectuels qui montrent la voie, le politique ne fait que suivre. Nous ne sommes pas là pour dire ce qu’il faut penser mais qu’il faut penser!»
Il est des résistants qui ne se réveilleront jamais fou du roi! Récemment un des combats qui lui tient visiblement le plus à cœur le ramenait au Congo :«Nous avons travaillé avec 27 troupes d’acteurs congolais pour jouer et diffuser sur place la pièce Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma qui via sa propre histoire dénonce le drame des enfants soldats. Ils sont très nombreux dans l’est du Congo, c’est surtout là que cette pièce doit être jouée!»
Le retour de l’ex-adjudant armé cette fois de culture et de théâtre avec pour mission de faire baisser les armes aux enfants, il est des chemins fascinants! Rideau !
Le site du Théâtre de Poche
28.2.06
[Quand le théâtre (de poche) prend le maquis- Part.II ]
20.2.06
[Quand le théâtre (de poche) prend le maquis-Part.I]

Rita Renoir égérie du Poche dans les ’70. Comedienne, ici dans « Synode pour un cadavre » mais aussi strip-teaseuse vedette au Crazy Horse…
Oui, du théâtre ! Vous savez ce plan pré-cathodique mais toujours vivant, ces textes que vous avez lu de gré ou de force au cour de français, ces trop rares pièces que vous avez vues en vous promettant de ne plus bouder cet art émouvant et en mouvement. En cette sombre et froide époque d’un règne sans partage des média-néo-cons et de leur pensée unique star-académisée qui oserait imaginer qu’un théâtre connaîtrait un succès permanent en proposant une programmation engagée et honnêtement subversive, ce depuis plus de 50 ans?
Ce qui semble être un défi est pourtant une évidence pour l’équipe du Poche, quel est le secret de cette bande d’activistes de la scène qui sévissent en forêt ? Comment expliquer une telle longévité et un public aussi jeune alors que la démocratie de marché se donne tant de mal pour garder ses téléads bien planqué dans leurs conapts ?
Via une ligne anonyme rendez-vous est pris avec Anouchka l’attaché de presse de l’organisation, une rencontre avec le Sub-Adjudant Roland est planifiée… Quittant discrètement la ville je pénètre le bois de la Cambre, juste à la limite du front Ucclois, commune où se sont retranchés les derniers bourgeois n’ayant pas encore fuis la capitale. Un blizzard post-Kyoto glace l’air et votre envoyé spécial qui longe les nouveaux espaces festifs pour petzouilles remplaçant déjà les ruines des tristement célèbres Jeux d’Hiver. Saison qui permet d’apercevoir entre les arbres dénudés le bâtiment abritant le théâtre, qui lui dut attendre plus de vingt ans pour sa rénovation !
Dans une grande pièce jouxtant la salle six femmes sont attablées terminant de dîner. Au milieu un grand feu, à gauche le bar et l’escalier vers la salle d’une capacité de 240 personnes. Une représentation de Mythe, Propagande et Désastre en Allemagne nazie et en Amérique contemporaine est en cours, ses bruitages audibles jusqu’ici ajoutent aux rencontres une touche surréaliste.
«Notre programmation est volontairement et presque exclusivement engagée, polémique, car le théâtre permet d’approfondir l’actualité de l’humaniser par un contact direct, une expérience vécue » confirme Anouchka. Bien qu’avec ses torrides Contes Erotico-Urbains le théâtre offre aussi d’agréables entractes pour neurones.
«Je chantais et jouais mais c’est un stage en communication qui m’a amenée. Et c’est la démarche du Poche, qui n’est pas seulement axée sur la scène mais aussi connectée et agissant avec le monde associatif ou des témoins clefs, qui m’a décidé à rester. Nous collaborons aussi avec le monde éducatif ce qui amène beaucoup de jeunes spectateurs et d’acteurs . Ils s’approprient le lieu en organisant des soirées à thèmes avec film, jonglerie et DJ comme le Bar des clandestins, ou en participant aux Premières Rencontres qui ouvre la scène aux jeunes acteurs.» Elle ne tarit pas d’anecdotes et de moments de vie croustillants car le théâtre, contrairement à la TV, c’est toujours du direct!
«Ce spectateur, qui, s’emportant, cria une phrase et l’acteur de lui donner la réplique sans sourciller, ou celles qui après les Monologues du Vagin clamaient joyeusement «Et moi, mon vagin !», durant les débats spontanés ou organisés au bar comme après toute représentation». Ou cette troupe palestinienne qui fit découvrir dans une rencontre «en chair et en os» bien plus intime que ne peut offrir un autre média une réalité quotidienne sous-estimée par les téléspectateurs. »
Depuis sa fondation en 1951 par Roger Domani le Poche n’a cessé d’être à l’avant-garde, mené par ce révélateur d’auteurs ou de metteurs en scène français comme anglais, il fut et reste le théâtre de toutes les audaces et de leurs polémiques. Celui qui révéla Ionesco est aussi le seul qui ouvra récemment ses portes à Dieudonné et son Mes excuses !
à suivre... (...et à paraître dans le prochain numéro de "C4")
Le site du Théâtre de Poche
14.2.06
[A(rt)ctivisme censuré…]

A l’occasion de l’exposition « A(rt)ctivisme » au Centre Culturel Jaque Franck, la commune de St Gilles accepta la mise à disposition des organisateurs et artistes de 15 panneaux publicitaires, gérés par la société privée Decaux (Devenu le seul concurrent de clear-channel à Bruxelles).
Le but de ce projet très clairement annoncé aux autorités était de «Proposer une alternative visuelle au monopole du discours publicitaire dans l’espace public. Certaines oeuvres iront dans le sens de la dénonciation des pouvoirs de l'argent, de l'information, de l'appareil politique, des préjugés sociaux, ou encore une critique du monde institutionnel de l'art... »
La première quinzaine se déroulera comme prévu, malgré la perte mystérieuse de cinq affiches par la société Decaux.
C’est l’affiche en illustration qui va déclencher la censure, celle ci était présente sur un panneau situé dans le goulet de l’avenue Louise. ( L’artère commerçante réservée à l’élite de la capitale). Le fabricant de chaussure, reconnaissant son visuel détourné menace la société d’affichage de poursuites judiciaires. Decaux retire aussitôt l’affiche en question mais aussi les quatorze autres participant à l’exposition ! Faisant valoir une clause que les attachés culturels de la commune ignoraient et qui stipule que la société «ne permet pas d’affichage à caractère politique, religieux ni commercial dans les panneaux concédés à la commune» !
Oui vous avez bien lu : cette société privée d’affichage publicitaire qui dans son infinie magnanimité « concède » à cette commune une quinzaine de panneaux présents sur son territoire, ne lui « permet pas » de l’utiliser à des fin d’information politique, religieuse ou –quel pince sans rire- commerciale…
Il est clair qu’une publicité vantant les mérites d’une voiture de luxe n’a absolument rien d’un message promouvant le système capitaliste et n’est donc absolument pas politique du tout mais qu’allez-vous chercher là !
Les organisateurs en accord avec la commune décidèrent de soumettre les affiches à l’approbation du conseil et de la société Decaux ! Ce que les artistes ont évidemment refusé en proposant comme sortie honorable de remplacer les affiches par celles de la série «Gueules d'Amers» sans textes ni message politique directe, Decaux refusa aussitôt et le bourgmestre Charles Piqué confirma la censure par sa « décision irrévocable. »
Trêve de lamentation et réjouissons-nous de cette réhabilitation officielle de l’affichage sauvage…
7.2.06
[La mauvaise foi…]
[dernière mise à jour 8-02-2006 ]
Les musulmans sont loin de contrôler les médias internationaux, or si les intégristes ont réagi, propagé et amplifié l’affaire des caricatures il est évident qu’ils ne disposent pas des moyens techniques pour la propulser ainsi à la une du monde télévisé. La colère et même les ambassades qui brûlent ne sont pas les causes de cet énième choc des cultures médiatisé mais ses conséquences. Légitimes ou condamnables : la véritable question n’est pas là...
Une autre évidence qui devrait pourtant amener plus de prudence et surtout moins de jugements hâtifs est le fait que cette fois ce ne sont pas les seul intégristes qui s’insurgent mais une grande partie du monde musulman, pourquoi cette fois ci ?
Il est aussi intéressant de rappeler aux laïques que cet interdit de la représentation du divin reste un des aspect de l’Islam qui en fait une des religion les moins portée sur l’idolâtrie. Pas de fils de dieu sanguinolent blond aux yeux bleus, pas de pape, pas de veaux d’or…
Des laïques de gauche comme de droite décident de priver des jeunes filles voilées de l’éducation qui précisément pourrait les éveiller à la tolérance voir même à leur sacrée laïcité ! Les médias vont s’émouvoir du sort de moutons sacrifiés selon des rites pourtant partagés par la communauté juive, ce quand des études vétérinaires comme le bon sens démontrent que les animaux mis à mort dans nos abattoirs connaissent un sort nettement plus cruel et une mort bien plus douloureuse. Ces médias qui n’hésitent plus à inventer des attaques de trains ou des strangulations…
Et voilà qu’un journal réac d’un pays virant à l’extrême brun consacre pour la troisième fois une pleine page à une série de caricatures de Mohamed dont plusieurs clairement racistes. Prenons celle où l’on voit le prophète désolé accueillir des kamikazes au paradis leur déclarant qu ‘ils n’ont « plus de vierges disponible en stock ». Pseudo-gag raciste car il associe une fois de plus le terrorisme à l’Islam et nous ressert la rengaine des quarante vierges prétendument promises aux martyrs. Croyez-vous sincèrement qu’un Irakien ou à fortiori une Palestinienne qui s’apprête à se suicider en tentant d’assassiner un maximum de ceux qu’ils considèrent comme la cause de leurs malheurs avaleraient ou auraient besoin de croire en une telle absurdité ? C’est à se demander qui des islamistes ou des téléspectateurs sont les plus crédules ! Celle où la coiffe de Mohamed[*] est une bombe à la mèche allumée ou encore le caricaturant comme les nazis le faisaient avec le « juif éternel » ne laisse pourtant aucun doute.
[*note 16-02-07 : TM dans son article contredit ce point et démontre qu'il ne s'agit pas du prophète]
Ce qui me rend malade c’est de voir tant de proches, des deux camps, se précipiter dans l’impasse, le piège tendu. Car «des deux camps» est la véritable et terrible réponse à la question. Comment peuvent-ils l’éluder d’un principe déplacé ? Auraient-ils oublié où mène le chemin de la haine ? Le jour de la commémoration de la libération d’Auschwitz, une édition spéciale de la RTBF à la conclusion plutôt inattendue. Un vieux Rabin, un survivant se tient debout face à la caméra. Dans son dos les restes du camp et le spectacle en cours, il lui appartient de conclure. D’une voix douce, sage à l’accent yiddish il déclare à peu près ceci : « Ce soir je voudrais rappeler à ceux qui nous regardent que cette horreur, cette barbarie n’est pas apparue du jour au lendemain, d’abord il a fallu que s’installe la judéophobie, les calomnies, le racisme. Comme aujourd’hui lentement mais sûrement s’installe l’islamophobie, ne laissons pas l’histoire se répéter !».
2.2.06
[Punir ceux qui aident?!]
Glacé je quitte la surface envahie par une fumée dense qui n’a de brouillard que le nom, je plonge dans les entrailles de la cité.
Toutes les quinze minutes une voix féminine résonne dans les stations de métros bruxelloises, remerciant les passagers, pardon les clients de participer activement, en optant pour les transport en commun, à la réduction des émissions toxiques urbaines qui provoquent un nouveau pic de pollution…
De rien ! Je me dirige vers le guichet automatique, introduit mon billet de dix zeuro et attend ma carte de dix voyages intergalactiques. Rien ne se passe, je réajuste mon troglo-bonnet pour constater sur l’écran digital que le montant est insuffisant !
Ironie, que dis-je , démonstration de l’absconité* du système si bien nommé capitalisme : le remerciement enregistré qui résonne une fois de plus à mes oreilles coïncide avec une énième hausse du tarif de ces mêmes transports publics ! Transports en communs que j’ai déjà payé via mes impôts et la TVA de chacun de mes achats ou contrats, service public que les abrutis du marché veulent rentabiliser : la mission des transports publics n’est pas d’être rentables mais de transporter !
Pour rappel celle des hôpitaux est de soigner et des écoles d’éduquer, il est plus que temps que les libres irresponsables du marché prennent en compte la donne qui n’est plus seulement écologique mais tout simplement humaine dans leurs calculs obtus. La ville bouchonne, sature et ses habitants aussi, elle devient irrespirable, invivable… Plutôt que d’oser la gratuité ou une baisse des tarifs la direction de la STIB choisis de pénaliser encore ceux qui - par choix, civisme ou parce qu’ils n’ont pas les moyens de participer au plaisir des bouchons - rendent un service indéniable à la collectivité en surface. Autant je respecte et remercie chaque jours les chauffeurs et tous les employés de la STIB autant je maudis les incapables de sa direction. Les choix délirants de cette pseudo-direction laisse les passagers pantois. Personne ne demande de tram du futur hyper-looké ou des capteurs solaires sur les arrêts ! Les passagers demandent juste plus de lignes, des fréquences plus élevées et des tarifs plus bas ou la gratuité tant attendue !
Avant de prendre son train un ami ajoute : « La SNCB elle aussi vient de revoir ses tarifs à la hausse, encore une et cela nous reviendra moins cher de ressortir la voiture pour faire la navette ! » Monsieur Ushuaia appelle ça le « Syndrome du Titanic » , les mots me manquaient, il a donc fallu que j’en invente un(*)…
Puisque nous sommes sur le net je ne résiste pas à vous démontrer en ligne l’étroitesse d’esprit des gestionnaires de la STIB visitez leur site et constatez qu’un pop-up que vous devrez accepter proclame ceci : « Tout utilisateur ou visiteur s'interdit d'établir, à partir de tout autre site, un lien vers le présent site, en ce compris l'une de ses pages secondaires,.. » Tout le contraire de l’esprit même d’Internet, encore merci bande de nains de jardin , tiens prend ce lien (1) dans les dents !
(1) jusque fin 2007 un pop-up "interdisait" tous liens vers le site de la STIB sous peine de poursuites!
Un temps pour râler, un pour s’informer et un autre pour agir !
Quand les crevettes prennent l’avion [Article disponible sur la mobilité]











