31.3.11

[Atomic Debord]











Dès 1988 Guy Debord écrivait dans ses "Commentaires sur la Société du Spectacle"

«Quelque critiques que puissent être la situation et les circonstances où vous vous trouvez, ne désespérez de rien ; c’est dans les occasions où tout est à craindre, qu’il ne faut rien craindre ; c’est lorsqu’on est environné de tous les dangers, qu’il n’en faut redouter aucun ; c’est lorsqu’on est sans aucune ressource, qu’il faut compter sur toutes ; c’est lorsqu’on est surpris, qu’il faut surprendre l’ennemi lui-même.»
Sun Tzu  (L’Art de la guerre)

XIII

Le spectacle ne cache pas que quelques dangers environnent l’ordre merveilleux qu’il a établi. La pollution des océans et la destruction des forêts équatoriales menacent le renouvellement de l’oxygène de la Terre ; sa couche d’ozone résiste mal au progrès industriel ; les radiations d’origine nucléaire s’accumulent irréversiblement. Le spectacle conclut seulement que c’est sans importance. Il ne veut discuter que sur les dates et les doses. Et en ceci seulement, il parvient à rassurer ; ce qu’un esprit pré-spectaculaire aurait tenu pour impossible.

Les méthodes de la démocratie spectaculaire sont d’une grande souplesse, contrairement à la simple brutalité du diktat totalitaire. On peut garder le nom quand la chose a été secrètement changée (de la bière, du bœuf, un philosophe). On peut aussi bien changer le nom quand la chose a été secrètement continuée : par exemple en Angleterre l’usine de retraitement des déchets nucléaires de Windscale a été amenée à faire appeler sa localité Sellafield afin de mieux égarer les soupçons, après un désastreux incendie en 1957, mais ce retraitement toponymique n’a pas empêché l’augmentation de la mortalité par cancer et leucémie dans ses alentours. Le gouvernement anglais, on l’apprend démocratiquement trente ans plus tard, avait alors décidé de garder secret un rapport sur la catastrophe qu’il jugeait, et non sans raison, de nature à ébranler la confiance que le public accordait au nucléaire.

Les pratiques nucléaires, militaires ou civiles, nécessitent une dose de secret plus forte que partout ailleurs ; où comme on sait il en faut déjà beaucoup. Pour faciliter la vie, c’est-à-dire les mensonges, des savants élus par les maîtres de ce système, on a découvert l’utilité de changer aussi les mesures, de les varier selon un plus grand nombre de points de vue, les raffiner, afin de pouvoir jongler, selon les cas, avec plusieurs de ces chiffres difficilement convertibles. C’est ainsi que l’on peut disposer, pour évaluer la radioactivité, des unités de mesure suivantes : le curie, le becquerel, le röntgen, le rad, alias centigray, le rem, sans oublier le facile millirad et le sivert, qui n’est autre qu’une pièce de 100 rems. Cela évoque le souvenir des subdivisions de la monnaie anglaise, dont les étrangers ne maîtrisaient pas vite la complexité, au temps où Sellafield s’appelait encore Windscale.
(...)
En juin 1987, Pierre Bacher, directeur adjoint de l’équipement à l’E.D.F., a exposé la dernière doctrine de la sécurité des centrales nucléaires. En les dotant de vannes et de filtres, il devient beaucoup plus facile d’éviter les catastrophes majeures, la fissuration ou l’explosion de l’enceinte, qui toucheraient l’ensemble d’une « région ». C’est ce que l’on obtient à trop vouloir confiner. Il vaut mieux, chaque fois que la machine fait mine de s’emballer, décompresser doucement, en arrosant un étroit voisinage de quelques kilomètres, voisinage qui sera chaque fois très différemment et aléatoirement prolongé par le caprice des vents. Il révèle que, dans les deux années précédentes, les discrets essais menés à Cadarache, dans la Drôme, « ont concrètement montré que les rejets — essentiellement des gaz — ne dépassent pas quelques pour mille, au pire un pour cent de la radioactivité régnant dans l’enceinte ». Ce pire reste donc très modéré : un pour cent. Auparavant on était sûrs qu’il n’y avait aucun risque, sauf dans le cas d’accident, logiquement impossible. Les premières années d’expérience ont changé ce raisonnement ainsi : puisque l’accident est toujours possible, ce qu’il faut éviter, c’est qu’il atteigne un seuil catastrophique, et c’est aisé. Il suffit de contaminer coup par coup avec modération.
(...)
Le texte complet.

29.3.11

[rappel]

Pour rappel et tandis que la situation ne cesse d'empirer à Fukushima, voici la carte simulant la dispersion radioactive en cas d'accident nucléaire grave en Belgique.

La carte est interactive, choisissez la centrale et la direction du vent, vous pouvez aussi agrandir en utilisant la tirette à gauche sur la carte.


Légende, établie sur base de mesures prises en Ukraine, Biélorussie et Russie [source UNDP, 2002]
Zone faiblement radioactive, aucun contrôle supplémentaire de la radioactivité n'est prévu sous les 37kBq/m²
Zone avec contrôle supplémentaire de la radioactivité, en particulier dans l'agriculture (contrôle des denrées alimentaires) et le secteur bois
Contrôle sévère de la radioactivité dans le domaine de l'agriculture. L'évacuation est conseillée dans les régions où la dose annuelle est supérieure à 1mSv/an
Evacuation obligatoire si la dose est supérieure à 5mSv/an
Zone d'évacuation prioritaire. Il faudra des dizaines d'années avant que la dose annuelle diminue sous les 1mSv/an













Extrait du site de Greenpeace où vous pouvez aussi lire un fil d'actualité sur l'évolution de la situation à la centrale Fukushima et signer la pétition pour la sortie du nucléaire.

21.3.11

[l'action directe contre la résignation]

Près d'un siècle après la fameuse conférence de Voltairine nous avons beau nous répéter le mantra : "ça pourrait être pire : je ne suis ni Japonais, ni Libyenne", nous sentons bien que là, comment dire…

Les lecteurs de la sûreté seront déçus en réalisant qu'il ne s'agira pas ici de promouvoir M. Rouillan et ses camarades mais bien de revenir sur un texte écrit par Voltairine de Cleyre en 1912 et pourtant d'une actualité en fusion!
Une conférence qui étudie la légitimité d’un type d’action politique qui renaît chaque fois que sont menacées « les forces de la vie ». Contrant ceux qui tirent argument de la violence pour discréditer tout mouvement social, Voltairine puise dans l’histoire contestataire, souligne l’inventivité des formes d’action directe et soutient la nécessité d’agir quand les droits les plus élémentaires sont bafoués.

Nous voilà presque cent ans plus tard et Naomi (*) a beau nous avoir prévenus, la stratégie du choc en action ça tétanise, ça désoriente et ça démotive! Et c'est bien là son but.
Abasourdis nous voyons une nouvelle guerre de circonstance balayer les catastrophes en cours des unes. Il est clair que le nucléaire ne fait pas partie des thèmes de campagne de Sarkozy et ses amis, tout autant qu'une intervention militaire ne sera jamais humanitaire!
L'offensive est globale, sans répit sur tous les fronts, des infirmières et professeurs ils font des fonctionnaires névrosés, des employés ils font des ouvriers et des travailleurs des précaires, des deux des chômeurs en sursis, quant aux chômeurs…
Des insurrections ils font un spectacle à leur avantage et des catastrophes naturelles, des affaires en flux tendu!

Or s'ils peuvent se permettre tout cela et bien pire c'est uniquement parce que nous le tolérons. Nous ne l'acceptons pas et le dénonçons certes mais il est temps de constater que cela ne suffit pas et n'a jamais suffit.
Nous sommes en état de légitime défense et comme nous pouvons aussi le constater en subissant ces assauts, la meilleure défense reste l'attaque. En stratégie militaire ou politique comme sur le tatami celui qui est offensif oblige l'adversaire à se concentrer sur la défense, celui qui pare ou subit n'a pas même le temps d'envisager une riposte. Nous le savons tous mais il est bon de se le rappeler maintenant que nous sommes dans les cordes. 

18.3.11

[Belgique : 280 jours plus tard...]



Bart De Wever est le président du parti nationaliste et séparatiste flamand NVA,
ce WE la Belgique fêtera 280 jours sans gouvernement élu.
Le "cordon sanitaire" est un pacte entre les partis démocratiques qui empêchait toute alliance à tous les niveaux avec les partis d'extrême droite (FN et Vlaams Belang).
Et pour ceux qui pédalent dans le waterzooï: voir les films "28 jours après " (Danny Boyle) & "28 semaines après"...

16.3.11

[radioactivism]


Ces premières mesures indépendantes datent d'il y a déjà trois jours, avant les nouvelles explosions et que le gouvernement Japonais ne reconnaisse qu'un des réacteurs n'est plus confiné...Et que l'US Navy ne fasse demi-tour.
Une pensée à tous ceux qui, pro ou antinucléaires*, sont aux premières lignes. Particulièrement à ceux qui comme il y a 25 ans vont consciemment ou non sacrifier leur vie pour la collectivité.

13/03/2011

Catastrophe de Fukushima : les premières mesures indépendantes de radioactivité sont alarmantes

Le Réseau "Sortir du nucléaire" révèle que six journalistes indépendants de l'association JVJA (Japan Visual Journalist Association), dont le directeur du magazine Days Japan, Ryuichi HIROKAWA, se sont rendus près de la mairie de Futaba, à 2 km de la centrale de Fukushima Daiichi, pour mesurer la radioactivité avec trois compteurs Geiger, ce dimanche 13 mars à 10h20. Il s'agit à notre connaissance de la première mesure faite de façon indépendante des autorités, par des journalistes japonais que nous saluons pour leur courage et les risques qu'ils ont pris pour faire leur métier.

À la mairie de Futaba, située à 2km de la centrale de Fukushima Daiichi, la radioactivité dépasse la capacité de mesure de certains des compteurs Geiger (BEIGER COUNTR DZX2, VICTOREEN 209-SI, et MYRate PRD-10) employés par les journalistes japonais.

14.3.11

[L'indécence nucléaire]

Ceux qui aujourd'hui encore, en dépit des évènements et du bon sens persistent à défendre l'option nucléaire sont assurément des irresponsables et des criminels, ce pour des dizaines, voire des centaines de millénaires. Méprisant les citoyens et les générations futures à un point tel qu'ils semblent réellement ne pas réaliser que leur discours défiant la raison les discrédite à jamais.

Une centrale nucléaire explose littéralement et par deux fois sous vos yeux mais la situation est sous contrôle!
Divers experts péroraient hier encore : "Le taux de radioactivité constaté ne dépasse pas celui acceptable dans l'année", affirmaient-ils sur un ton docte et rassurant…Le taux "acceptable" dans une année en l'espace de 24h et cela devrait nous rassurer?!
Particulièrement quand on connait le poids du lobby nucléaire au Japon -où la population s'est pourtant régulièrement prononcée contre le nucléaire- et que l'on imagine sans peine les efforts qu'ils déploient au niveau national et international pour tenter de minimiser les nouvelles catastrophes nucléaires en cours.
Écoutez les improviser et se ridiculiser quand ils déclarent que "ce n'est pas tant le tremblement de terre qui a posé problème mais le tsunami".
Dites-nous  mesdames et messieurs les "experts" depuis quand les secousses sismiques ne seraient généralement plus suivies de tsunamis en région côtière…sur une île?
Ainsi nous apprenons que ce n'est pas la bombe qui tue, en fait c'est son souffle, est-ce clair?
Tout comme ceux qui affirmaient avec aplomb hier aussi qu'un tel tremblement de terre est absolument exceptionnel et que rien de tel ne surviendrait plus sur Terre dans le siècle à venir, avant que le gouvernement Japonais ne doive signaler que des répliques allant jusqu'à 7 sur l'échelle de Richter sont à redouter dans les prochains jours.
Discrédités pour des siècles et des siècles.
Car ils savent que nous savons qu'aucun pays n'est à l'abri des humeurs diverses de la nature.
Image pathétique de cette ministre de l'écologie Française osant parler de décence tandis qu'elle ment effrontément -en directe et si mal- aux citoyens qui se rappellent soudain la proximité des centrales atomiques de leur région. Une langue de bois renvoyant certains staliniens au rang d'amateurs de seconde zone.

Le nucléaire contre la raison.

Prenons un pays, un des plus densément peuplé au monde, choisissons des zones aux activités sismiques très denses, de préférence en bordure de mer et contre l'avis de la population construisons-y des dizaines de réacteurs nucléaires! Et quand la catastrophe prévisible survient, minimisons.

C'est ce qu'ils ont fait, c'est ce qu'ils font!

8.3.11

[femme de la journée]

Capté ici.

Salutations et heureuses libérations aux lectrices,
pour fêter le futur soviet matriarcal petit retour sur la série
"La Femme est l'avenir..."
exhumée de la fourmilière précédente (2006) aujourd'hui disparue...

2.3.11

[Onde (et stratégie) de choc]


"We who are oppressed love those who fight against oppression 
and the oppressors..." Funkadhafi  by Front242

"En bref mais nous y reviendrons..."

Hier soir la chaîne francophone nationale belge diffusait le reportage "Monde Arabe : l'Onde de Choc"(1). S'il contient quelques éléments intéressants il semble surtout être une variation sur la "Version Officielle" en construction par les médias occidentaux au sujet des insurrections de la faim du pain et de la soif de liberté qui secouent la méditerranée. Pour la traverser?

Pirouettes des médias qui à l'image de ces "diplomates" et politiciens découvrant tardivement la nature antidémocratique des régimes qu'ils vantaient hier font preuve d'une hypocrisie opportuniste défiant le bon sens comme la gravité.
Les voilà fervents partisans de la révolution!?
Quand la ferveur révolutionnaire  s'empare des rédactions de TF1 à FoxNews en passant par la RTBF, c'est qu'il est temps de s'interroger, d'analyser, de recouper, bref d'éteindre la TV et de penser.

Une chose est certaine : des peuples viennent de rappeler leur pouvoir, viennent de démontrer que c'est encore et toujours le rapport de force qui prime.
Une autre est que bien des groupes d'intérêts privés ou multinationaux font tout pour influer, récupérer et manipuler ces mouvements spontanés. Logique et humain.

Belle démonstration avec ce reportage (1) diffusé hier. Parmi d'autres aveux involontaires, un des plus révélateurs est le fait présenté avec une étrange neutralité, voire un certain entrain, qu'Adel Mohamed le porte-parole du mouvement du 6 avril a préalablement suivit une formation à l"activisme pacifique" en Serbie auprès du collectif Canvas, émanation du groupe "Otpor".
Si le reportage précise bien que cette organisation revendique à son palmarès la participation à bien des "révolutions aux petits noms" telle l'orange, la rose ou celle des tulipes et j'en passe; il est intéressant de se demander pourquoi il n'y est à aucun moment précisé que cette organisation aux liens parfois extrêmement à droite bénéficie du soutient financier assumé du département d'État US via l'"Albert Einstein Institue",le NED et des "ultras" du parti républicain.(2)

Loin d’être spontanés, ces mouvements ("Otpor" en Serbie, "Kmara" en Géorgie, "Pora" en Ukraine) sont un réseau d’ONG financées directement par la NED, qui s’appuient sur l’aide au développement et certaines chancelleries occidentales aux nouvelles ferveurs révolutionnaires et démocrates, organisant quasiment militairement -comme le souligne le martial fondateur Srdja Popovic en personne dans le documentaire- tout un dispositif sociétal avec l’aide d’acteurs extérieurs aux pays visés.
Surfant sur les insurrections légitimes qu'il provoque, l'empire tente -souvent avec un certain succès- d'en influer le cours ou mieux d'en faire son nouvel outil.

L'autre point sur lequel il sera bon de revenir avec quelque recul est le cas libyen où cette fois c'est certain l'empire s'empressera d'intervenir afin d'"empêcher les massacres de civils" qu'il tolère si bien ailleurs ou provoque directement comme en Afghanistan.
A ce sujet et pour démentir cette autre manipulation symptomatique qui voudrait que "Cuba soutienne Kadhafi", une analyse judicieuse est celle d'el viejo barbudo toujours clairvoyant, dénonçant le plan réel de l'empire: une intervention militaire.
Et quand circule un hoax télévisé qui voudrait que Kadhafi se serait envolé pour le Venezuela, pourquoi aucun des médias qui ont relayé ce mensonge pathétique ne corrigent ou signalent le fait que -pure coïncidence- c'est le seul pays d'Amérique du Sud où "Otpor" a ouvert un chapitre, afin d'y combattre une révolution démocratique et son président,  l'un des plus plébiscité au monde.(3)

Car quand on vous assène que la Libye ne représente que 2% de l'approvisionnement mondial demandez-vous pour quelles raisons on vous cache que c'est l'un des pays qui dispose des réserves les plus importantes toujours en terre!
Ou quand les journalistes de circonstances annoncent une crise humanitaire à la frontière tunisienne, pourquoi taisent-ils le fait que le flux de ces réfugiés n'est pas majoritairement composé de libyens mais de tout le Sud s'engouffrant dans la brèche que Kadhafi refuse à présent de garder pour l'occident?

Pour une bonne et simple raison : ils se doivent de travestir, mentir, tenter de contenir, détourner. Car comme leurs maitres-sponsors ils craignent une contagion non contrôlée et que nous réalisions nous aussi que l'impossible arrive ! Qu'il y a quelques mois encore la France, l'Angleterre et bien d'autres étaient sur le même chemin insurrectionnel et pourrait bien le reprendre et déterrer la hache, celle de la guerre des classes, cette grande taquine!
Les camardes cultivateurs ferrivopathes de Tarnac l'ont bien compris et une fois de plus si joliment écrit.

En guise de conclusion très provisoire une suggestion aux compatriotes du futur-ex-royaume : prenons garde que certains ne récupèrent celle qui pourrait être bientôt la notre pour la détourner en "gele revolutie" (révolution jaune) séparatiste et nationaliste ; jaune devant et brune derrière...



(1) "Le Monde Arabe : l'Onde de Choc"
(2) Voir Wikileaks, cable ref: 08CAIRO2371, et 10CAIRO0099 . Dans le second il apparaît que la dénommée Israa Abd Elfattah avait participé en compagnie d’un groupe de blogueurs et d’activiste internautes à un voyage de formation à la Freedom House. Israa Abd El Fattah est une des cofondatrice du mouvement 6 avril. Sont également évoquées les relations étroites entre l’ambassade américaine et d’autres activistes du même mouvement.
& L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA
(3) Ce au cours d'élections démocratiques à répétitions et certifiées comme telles par tous les inspecteurs présents.